L’Auditory Steady-State Response, souvent abrégé ASSR (et parfois appelé en français réponse auditive à l’état stable ou potentiels évoqués auditifs stationnaires), fait partie des examens qui permettent d’évaluer l’audition de manière objective. Concrètement, l’objectif est d’estimer des seuils auditifs à différentes fréquences en mesurant l’activité électrique du système auditif en réponse à des sons spécifiques.
Pour vous, en tant que patient ou parent, l’intérêt est simple : obtenir des informations fiables sur l’audition, même quand il est difficile de réaliser une audiométrie “classique” (par exemple chez un nourrisson, un enfant trop jeune, une personne fatiguée, anxieuse, ou avec des difficultés de communication). Cet article vous explique à quoi sert l’ASSR, comment se déroule l’examen, comment interpréter les résultats, et dans quels cas il est recommandé.
Dans le moindre doute, en cas de baisse d’audition soudaine, d’acouphènes intenses, de vertiges, de douleur, d’écoulement ou de fièvre, il faut consulter un médecin ORL rapidement. Les informations ci-dessous ne remplacent pas un avis médical.
Qu’est-ce que l’ASSR (Auditory Steady-State Response) ?
L’ASSR est un test électrophysiologique : il mesure, via des électrodes posées sur la peau, la réponse du système auditif à des sons “modulés” (des tonalités dont l’amplitude et/ou la fréquence varie de façon régulière). Le cerveau et les voies auditives génèrent une réponse électrique synchronisée avec cette modulation. L’appareil d’enregistrement détecte ensuite si cette réponse est présente et à quel niveau sonore elle apparaît.
L’idée clé est la suivante :
on envoie un son à une fréquence donnée (par exemple 500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz, 4 000 Hz)
on baisse progressivement l’intensité
on repère le niveau le plus faible où la réponse est encore détectable
cela donne une estimation du seuil auditif pour cette fréquence
C’est ce caractère fréquence-spécifique qui rend l’ASSR particulièrement intéressant pour approcher une “audiométrie objective”.
ASSR, ABR, audiométrie : quelles différences ?
ASSR vs audiométrie tonale
L’audiométrie tonale (le test classique en cabine avec un bouton à appuyer) nécessite votre participation. Elle mesure vos seuils de perception consciente des sons. Elle est très précise quand elle est bien réalisée.
L’ASSR, lui, mesure une réponse physiologique. Il est donc utile quand la participation est limitée. En revanche, comme tout examen objectif, il estime un seuil à partir d’un signal biologique, et peut être influencé par l’état de vigilance, le bruit électrique, ou certains paramètres techniques.
ASSR vs ABR (PEA, potentiels évoqués auditifs du tronc cérébral)
L’ABR (Auditory Brainstem Response), aussi appelé PEA/BERA, est un autre examen objectif très utilisé. Il mesure des réponses transitoires (souvent avec des “clics” ou des bursts). L’ABR est excellent pour explorer l’intégrité des voies auditives et peut aider à dépister certaines atteintes neurologiques.
L’ASSR se distingue par :
une estimation plus directe et plus fine des seuils par fréquence
la possibilité d’explorer des intensités plus élevées, utile en suspicion de surdité sévère à profonde
une approche statistique de détection “présent / absent” à chaque niveau
En pratique, ASSR et ABR sont souvent complémentaires, selon votre âge, votre situation et la question clinique.
Dans quels cas l’ASSR est-il recommandé ?
L’Auditory Steady-State Response est fréquemment proposé dans les situations suivantes.
Chez le bébé et le jeune enfant
suspicion de surdité après dépistage néonatal
doute sur l’audition (réactions sonores faibles, retard de langage, antécédents familiaux)
suivi après otites séreuses répétées ou facteurs de risque
Dans la vraie vie, beaucoup de parents décrivent des signes “flous” : l’enfant réagit à certains bruits mais pas à la voix, ou réagit un jour et pas le lendemain. L’ASSR permet de clarifier les choses quand l’audiométrie comportementale est trop incertaine.
Chez l’adulte quand l’audiométrie est difficile ou incohérente
fatigue, anxiété, difficultés de concentration
troubles de communication ou situations neurologiques particulières
besoin de confirmer des seuils lorsque les résultats subjectifs ne concordent pas avec la gêne ressentie
En cas de suspicion de perte auditive sévère à profonde
L’ASSR peut être utile pour estimer des seuils très élevés et aider à orienter la prise en charge, notamment quand on cherche à quantifier le degré de perte sur plusieurs fréquences.
Comment se déroule un examen ASSR ?
Même si les protocoles varient selon les centres, le déroulement est généralement similaire.
1) Installation et préparation
On nettoie légèrement la peau à certains endroits (front, derrière les oreilles ou sur le crâne) afin d’améliorer la conductivité.
On pose des électrodes autocollantes (comme pour un ECG, mais adaptées).
On installe des écouteurs ou de petites sondes dans les oreilles.
Objectif : enregistrer une activité électrique très faible. Un bon contact des électrodes est essentiel pour éviter les artefacts.
2) Conditions de test : calme, immobilité, parfois sommeil
L’ASSR exige un environnement calme et le moins de mouvements possible. Chez le nourrisson et le petit enfant, l’examen est souvent réalisé pendant le sommeil naturel. Dans certains cas, selon l’âge et la situation, une sédation peut être discutée par l’équipe médicale (cela se décide au cas par cas, avec un encadrement strict).
3) Présentation des sons
Vous n’avez rien à “faire”. L’appareil envoie des sons modulés à différentes fréquences et intensités. Le logiciel analyse la réponse et détermine statistiquement si elle est détectée.
4) Durée
La durée dépend du nombre de fréquences testées, du niveau de bruit électrique, des mouvements, et de la nécessité de tester chaque oreille séparément. Il faut parfois plus de temps chez les tout-petits si le sommeil est léger.
Que mesure exactement l’ASSR ?
L’ASSR n’est pas “un test de compréhension”. Il mesure une réponse neurophysiologique liée au traitement des sons par le système auditif. Les résultats permettent :
d’estimer des seuils auditifs par fréquence (approche audiogramme)
de comparer oreille droite et oreille gauche
d’orienter le type et le degré de perte auditive
Attention : la réponse enregistrée ne correspond pas exactement à ce que vous “entendez” consciemment. C’est une estimation, très utile, mais interprétée dans un bilan global.
Comment lire et comprendre les résultats ASSR ?
Les résultats sont souvent présentés sous forme de seuils estimés (en dB) pour plusieurs fréquences. On peut ensuite les comparer à des repères connus :
seuils proches de 0–20 dB : audition dans les normes (selon l’âge et le contexte)
seuils plus élevés : perte auditive légère, moyenne, sévère ou profonde (classification variable selon les référentiels)
Ce que votre professionnel de l’audition cherche à comprendre
La perte est-elle plutôt sur les graves (ex : 250–500 Hz) ou sur les aigus (2 000–4 000 Hz et plus) ?
Les deux oreilles sont-elles touchées de façon symétrique ?
Les seuils estimés sont-ils compatibles avec vos difficultés au quotidien ?
Faut-il compléter par d’autres examens (tympanométrie, otoémissions acoustiques, ABR, imagerie, bilan ORL) ?
Exemple concret
Certaines personnes disent : “J’entends, mais je ne comprends pas en bruit”. Un ASSR peut montrer des seuils relativement corrects, mais cela n’exclut pas un trouble de traitement, une gêne liée au bruit, un problème d’oreille moyenne intermittent, ou un besoin d’examens complémentaires. À l’inverse, chez un enfant, l’ASSR peut objectiver une perte auditive qui explique un retard de parole alors que l’entourage pensait que “tout va bien”.
ASSR et oreille moyenne : pourquoi on peut compléter par d’autres tests
Un point important : si l’oreille moyenne est encombrée (otite séreuse, liquide derrière le tympan, dysfonction tubaire), les sons arrivent moins bien à l’oreille interne. L’ASSR peut alors montrer des seuils plus élevés, sans que l’oreille interne soit forcément atteinte.
C’est pour cela qu’on associe souvent :
otoscopie (examen du conduit et du tympan)
tympanométrie (mobilité du tympan, pression)
parfois otoémissions acoustiques (fonction des cellules ciliées externes)
L’interprétation se fait toujours en “puzzle”, en recoupant les informations.
Avantages de l’Auditory Steady-State Response
Examen objectif : ne dépend pas de votre réponse volontaire
Estimation fréquence par fréquence : utile pour approcher un audiogramme
Pertinent chez le nourrisson et le jeune enfant
Intéressant pour quantifier des pertes sévères à profondes
Complémentaire d’autres examens (ABR, OEA, audiométrie)
Limites et points de vigilance
Aucun test n’est parfait. Les limites les plus fréquentes sont :
Sensibilité aux mouvements et au bruit électrique : un enfant agité ou un adulte tendu peut rendre l’enregistrement plus long ou moins fiable.
Estimation et non “mesure directe” de la perception : les seuils ASSR peuvent légèrement différer des seuils d’audiométrie comportementale.
Interprétation clinique nécessaire : un chiffre isolé ne suffit pas. Il faut l’histoire (symptômes), l’examen ORL, et souvent d’autres mesures.
Si vous avez une baisse d’audition brutale, des vertiges importants, un acouphène apparu soudainement, une douleur intense ou un écoulement, il ne faut pas attendre un test : consultez rapidement un médecin.
Comment bien se préparer à un ASSR ?
Pour un adulte
Venez reposé si possible, évitez la caféine juste avant si vous êtes très sensible (l’objectif est d’être calme et immobile).
Signalez vos traitements, implants, antécédents ORL, acouphènes, vertiges.
Prévoyez du temps, surtout si plusieurs examens sont associés.
Pour un bébé ou un jeune enfant
Suivez les consignes de votre centre : parfois on conseille de caler l’examen sur une sieste.
Habillez l’enfant confortablement.
Apportez de quoi l’apaiser (tétine, doudou, biberon si autorisé).
Signalez les rhumes fréquents, otites, reflux, ou toute situation qui peut gêner le sommeil.
ASSR et prise en charge : quel lien avec l’audition au quotidien ?
L’ASSR n’est pas une finalité : c’est un outil pour guider la suite.
Selon les résultats, on peut vous proposer :
une surveillance ORL et audiologique si les seuils sont borderline ou fluctuants
un traitement/prise en charge de l’oreille moyenne si nécessaire
une orientation vers une rééducation ou un suivi du langage chez l’enfant
une discussion d’équipement auditif si une perte auditive est confirmée et gênante au quotidien
un bilan complémentaire si un point ne colle pas (symptômes disproportionnés, asymétrie marquée, suspicion neurologique)
L’enjeu, surtout pour les enfants, est d’agir tôt : une audition insuffisante peut impacter l’acquisition du langage, l’attention et les apprentissages. Chez l’adulte, objectiver la perte permet de mieux comprendre la fatigue en fin de journée, l’effort d’écoute, et d’éviter l’isolement social.
Questions fréquentes sur l’ASSR
Est-ce que l’examen est douloureux ?
Non. Les électrodes sont posées sur la peau, et les sons sont présentés dans les oreilles. Cela peut être un peu inconfortable si on a du mal à rester immobile, mais ce n’est pas douloureux.
Est-ce dangereux pour l’audition ?
L’examen est réalisé avec des protocoles encadrés. Les intensités peuvent être élevées dans certains contextes (notamment suspicion de surdité importante), mais l’objectif est diagnostique et le test est mené par des professionnels formés.
Peut-on faire un ASSR si on a un bouchon de cérumen ?
Un bouchon peut modifier la transmission du son et fausser les résultats. Il est important de signaler tout antécédent de bouchon ou de conduit facilement encombré. Un examen du conduit auditif est souvent réalisé ou recommandé avant.
Un résultat “normal” exclut-il tous les problèmes ?
Pas toujours. Un résultat rassurant sur les seuils ne répond pas forcément à des plaintes de compréhension dans le bruit, à une hyperacousie, ou à certaines situations plus complexes. C’est pour cela que l’évaluation globale est essentielle.
Conclusion et prochaine étape
L’Auditory Steady-State Response (ASSR) est un examen clé en audiologie pour estimer l’audition de manière objective, en particulier chez les bébés, les jeunes enfants et dans les situations où l’audiométrie classique est difficile. Il fournit des seuils par fréquence, utiles pour comprendre le profil auditif et orienter la prise en charge, tout en restant un élément d’un bilan plus large (ORL, oreille moyenne, examens complémentaires si besoin).
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